Au cours de ce voyage , des lectures m'ont accompagnée . Deux d'entre elles ont particulièrement fait écho à ce que je ressentais . Pour certains , ce ne seront que banalités , pour moi , ce ne
sont plus des mots en l'air , ils ont leur résonnance dans ma vie quotidienne , ils m'ouvrent le chemin ...
Deux romans
: "paroi de glace" d'un auteur japonais , un grand : Yasushi
INOUE .C'est un roman de montagne qui va plus loin que le simple accident de cordée entre deux alpinistes .Voilà ce que le héros dit à la p.208 :
"Hier encore l'humanité se croyait indestructible : c'est cette idée-là qui était étrange . Maintenant que nous savons que l'humanité peut disparaître , cela va changer beaucoup de choses : la
morale , la politique ...Il faudra désormais penser non pas en termes de race ou d'état , mais
en termes d'une communauté planétaire
unique ."
C'est vraiment ce que je ressens le plus en revenant du Pérou . Tiers monde ? Pourquoi tiers ? C'est le monde , le leur comme le nôtre , simplement pour eux , pour beaucoup là-bas , voilà ce que
dit l'autre début de roman :
"Ulysse from Bagdad" de Eric-Emmanuel Schmitt :
" je m'appelle Saad , ce qui signifie en arabe Espoir espoir et en anglais triste triste ; au fil des semaines , parfois d'une heure à la suivante , voire dans
l'explosion d'une seconde , ma vérité glisse de l'arabe à l'anglais ; selon que je me sens optimiste ou misérable , je deviens Saad l'Espoir ou Saad le triste .
A la loterie de la naissance , on tire de bons , de mauvais numéros . Quand on atterrit en Amérique , en Europe , au Japon , on se pose et c'est fini : on naît une fois pour toutes , nul besoin de
recommencer . Tandis que lorsqu'on voit le jour en Afrique ou au Moyen-Orient ..."
Peut-on ajouter aussi dans certains endroits d'Amérique du Sud ?
Née à St Marcellin , je ne me ressens que très peu dauphinoise . Ma vie m'a amenée à me sentir française , italienne , sarde , et maintenant du monde , de celui qui vit , qui pleure et rit , qui
cherche le simple et le vrai et qui essaie de n'oublier personne . Ce qui est bien , c'est que ce que je n'aurais pas matérialisé dans ma vie , des jeunes sont en train de le faire . Ils ont ouvert
leur coeur aux frontières , ils partent , apprennent à connaître , à sourire avec d'autres ou à voir la pauvreté en face , non plus comme une tare que l'on cache mais comme un mal contre lequel on
doit oeuvrer ensemble . Chacun connaît les limites de son action , de sa vision mais on a moins peur de faire partie du monde entier . Quand nous sommes revenus , nous avons fait escale à Bogota et
dans l'avion , nous avons discuté avec un jeune couple , lui colombien , elle italienne . Ils vivent à Londres et venaient de passer quelques jours chez sa maman . J'ai pensé que c'était formidable
d'habiter le monde ainsi ! L'éloignement est dur à vivre mais on l'affronte par amour ! Quelle force ! Habitants du monde , quelle richesse !